Rencontre avec Sylvie ENAULT, Aide-soignante

  

Je suis aide-soignante depuis environ 30 ans. Pendant 17 ans j’ai exercé ma profession en structure, mais depuis 10 ans j’exerce désormais au domicile des patients. Je porte une attention inconditionnelle aux patients, j’adore les personnes âgées, ça a toujours été mon point fort. Je suis une aide-soignante que l’on qualifie de « roulante » à l’association, c’est-à-dire que je n’ai pas de tournée fixe et donc pas de routine. Cela me permet de remplacer les collègues en repos. Tous les ans des changements de tournées ont lieu pour tout le monde afin d’éviter de s’attacher de trop aux bénéficiaires. C’est la tradition du SSIAD.

 

Pourquoi le domicile ?

Fraîchement diplômée je me suis directement tournée vers une structure, un EHPAD, pour exercer ma profession d’aide-soignante. Néanmoins, lorsque mon grand-père, souffrant de problèmes de santé, a été pris en charge chez lui, j’ai pris conscience des bienfaits de la prise en charge à domicile et de l’autonomie relative qui lui était laissée. Cela a été un déclic, j’ai donc décidé de changer d’environnement de travail. Exercer chez les patients c’est plus de proximité dans la relation avec l’autre, mais également plus d’autonomie. Je ne suis pas chronométrée dans les soins que j’apporte aux personnes, je peux prendre le temps avec chacun d’entre eux si nécessaire. En structure c’est le résident qui doit s’adapter à un nouveau mode de vie, au contraire, à domicile c’est à nous de nous adapter au mode de vie du bénéficiaire.

 

Être acceptée chez un patient

Pour se faire accepter par un patient la règle d’or c’est de prendre son temps et de ne surtout pas brusquer la personne. On m’a envoyé chez une dame de 60 ans qui ne souhaitait pas bénéficier d’une aide à la toilette. Lors de mes premières visites, j’ai donc pris le temps de discuter avec elle, sans pour autant lui faire sa toilette. Ce n’est que petit à petit qu’elle a accepté une petite toilette au lavabo, puis par la suite une douche complète. Aujourd’hui une aide-soignante passe tous les jours à son domicile. Il suffisait de poser les choses et de créer un lien de confiance.

 

 

Briser la solitude – un rôle social non négligeable

Au fil du temps un lien de confiance se créé, j’apprécie nouer de nouvelles relations et briser la solitude des plus anciens. Parfois, nous sommes leur seule visite de la journée et ils nous attendent avec impatience. Un patient m’a dit un jour que j’étais son « rayon de soleil », cela m’a fait plaisir.

 

Accompagner l’aidant

L’aide que j’apporte au domicile n’est pas à destination exclusivement du patient. Souvent l’aidant a également besoin de parler et d’être écouté, il a besoin de conseils pratico-pratiques ou simplement besoin d’une présence extérieure. Mon rôle d’aide-soignante est également de le soulager, de le conseiller et de lui permettre de sortir un peu de chez lui le temps des soins par exemple.  

 

Aborder la mort

J’aborde au quotidien la maladie, la mort, la fin de vie avec mes patients. Pour moi, il est difficile de perdre un patient que je suivais depuis plusieurs années. Il est courant chez les aides-soignantes de rendre une dernière visite en chambre mortuaire et d’envoyer une petite carte à la famille. Personnellement, je vais souvent rendre visite au conjoint un peu plus tard, pour avoir des nouvelles. Les aidants apprécient de me revoir.

 

Du temps ensemble

La création « Du temps ensemble » pendant le confinement a été pour moi une révélation. Lors d’une intervention en binôme avec une AVS, j’ai pu accompagner une dame se balader à l’arbre vert au Lion d’Angers. Cette dame a alors eu une phrase qui m’a particulièrement marquée « Vous êtes mon TRAMADOL (antalgique)». Pour moi, cette sortie était une autre manière de voir les choses et de visualiser l’accompagnement d’une personne dans sa globalité. Je souhaite maintenant que ce dispositif devienne permanent, il a été prolongé jusqu’à la fin de l’année, mais ne devrait jamais s’arrêter.

 

NDLR : « Du temps ensemble » est du temps offert en plus des interventions d’aide ou de soin. C’est un temps de loisir que le bénéficiaire choisit de faire avec son intervenante : échanges, promenades, jeux…

Créé pendant le 1er confinement pour maintenir le lien social et lutter contre l’isolement, ce dispositif est effectivement maintenu en 2021.

 

 

Une de ses plus belles expériences professionnelles

J’ai suivi un patient à domicile et j’ai également auparavant suivi la mère de ce patient en EHPAD. Une fois que le patient avait découvert que je m’étais occupée de sa mère et que l’on se connaissait déjà, cela lui tenait à cœur que ce soit moi qui  vienne m’occuper de lui. Une forme de lien particulier s’est  créée.

 

Avantages du métier

J’apprécie la relation que l’on vient tisser avec l’autre, l’aide humaine que l’on apporte, et l’autonomie que l’on possède dans notre organisation de travail. Mais surtout, nous sommes amenés à rencontrer toutes sortes de catégories de personnes, toutes sortes de cultures et différents modes de vie, nous devons sans cesse nous adapter et mettre de côté nos préjugés. A domicile, nous sommes souvent seules avec le patient. Cependant, derrière nous il y a toute une équipe pour suivre ce patient.

 

 

07 juillet 2020